« C’est trop cher ! »

Allez, on vous l’a surement balancé à la gueule une ou deux fois dans votre vie de joueur …

Pour certains c’est le coup de pied au cul qu’il vous fallait pour que vous souhaitiez vous donner les moyens de votre petit plaisir (qu’importe le temps que ça prendrait)… ou à l’inverse celui qui vous fera reculer, las d’entendre souvent (toujours ?) ce refrain désagréable et rebutant.

Dans un pays où le divertissement en soi est déjà un luxe (parce que ouais y a d’autres priorités, faut pas déconner quoi, des jeux ?! Y a plus urgent !) Ce « loisir de riche », il fallait (et il faut toujours) batailler dur pour pouvoir se le permettre.

Les plus vieux souvenirs que je retiens du jeu vidéo sont ceux d’une boite rectangulaire à joystick noir, pourvu d’un unique bouton rouge. Internet m’apprendra des dizaines d’années plus tard que je détenais une Atari 2600 (non pas que j’étais illettré à l’époque, mais le mioche que j’étais ne prêtais guère attention aux inscriptions figurant sur sa boite magique). Avoir cet objet dans sa maison étant gosse relevait d’un certain statut social (ou en tout cas, en donnait l’illusion).

Je n’en ai jamais exactement connu leur valeur, mais on me faisait comprendre que ça coûtait cher, et que c’était rare.

Tout visiteur qui découvrait cet étrange objet électronique  s’attardait dessus. Lorsque je découvre une autre génération de machines plus tard (une Famicom), je retrouvais le même discours de mes parents, la même influence sur ton statut social, le même regard mêlant crainte et fascination chez ceux qui découvrait la « console ».

Console : terme barbare pour mes oreilles à l’époque, mais la télé + les bouts de pubs et rubriques sur les jeux trouvés dans les magazines  qui passaient entre mes mains aidant, j’avais une vague idée de ce qu’était l’objet se branchant sur ma télé.

Le jeu vidéo évolue, ce que l’écran montre me met de plus en plus d’étoiles dans les yeux. Mes vieux râlent parce que je leur demande encore un nouveau jouet à brancher sur la télé, à leurs yeux, celui qu’ils m’ont offert 3-4 ans plus tôt aurait dû suffire. Et ça coûte beaucoup plus de sous qu’une petite voiture. Vient la PlayStation, celle que « tout le monde a », que tu veux avoir toi aussi. Les gars dans la cours de récré ils en parlent tous. Et que même tes cousins plus vieux ils y jouent aussi. T’oses pas encore une fois demander qu’on te change ton matos, surtout qu’entre temps, à la maison, on a investi dans un PC. Ça coûte cher ça aussi, mais ça a une utilité double: le travail, la bureautique, et tu peux aussi jouer. Mais toi tu te rends compte que les jeux qu’y a sur PC, ce ne sont pas ceux qui t’intéressent, toi tu veux la baston en 3D, avec des fiers combattants à l’arme blanche que t’as vu dans les magazines, du pan pan boum boum tous scénarisés avec la mise en scène qu’on retrouve au cinéma. Le support CD ET le piratage aidant, te procurer les jeux est devenu facile, là où sur Snes tu devais compter sur le bon vouloir de familles éloignées vivant à l’étranger.

Acheter des jeux pirates, on peut se le permettre en se privant de goûter tous les jours pendant un certain temps. Entre temps, un peu par dépit, j’essaye les jeux sur PC, c’est marrant me dis-je : « tous les jeux se ressemblent,  y a soit un gars qui tire sur tout ce qui bouge et c’est vu depuis les yeux du héros, doomlike qu’ils appellent ça; et puis y a ces trucs ou je dois bâtir, construire, donner des ordres aux soldats faire des trucs sans vraiment attaquer toi-même, qu’est-ce que c’est chiant… c’est tellement mieux les trucs sur console ». Et c’est embêtant, sur PC, il faut en plus ajouter des trucs compliqués qu’ils appellent carte 3DFX si on veut que son jeu il soit vraiment beau, je ne vais pas encore faire chier papa et maman pour ça …

Alors on se console en trainant chez les potes qui ont l’objet de nos désirs chez eux … ou sinon dans les salles obscures (au sens propre, il faisait très noir dans la pièce où tu « louais » la console pour une heure ou deux suivant tes moyens) des escaliers d’Ambondrona.

L’effet de mode « PlayStation » s’est estompé, mais je sais déjà que j’adore ces boites à connecter sur la télé. Je sais désormais que j’aurai une manette au bout des mains jusqu’à ce que Parkinson ou la cécité nous sépare. Et je me promets qu’un jour j’aurais les moyens d’avoir ça chez moi, quand je voudrais. Avec internet qui se démocratise, certains coups de chance (amis, famille cadeaux), et le combo : consoles multisystem+upgrade PC+jeux pirates, j’arrive à rester « dans le coup » et à ne pas rater les nouveautés.

gamepad_money

A réception de ma 1ère fiche de paie, je sais déjà où ira mon investissement. Je tombe bien, on est en 2009, je vis en Europe, la PS3 slim vient de sortir, et ce Uncharted 2 qui tourne dans les magasins me fait de l’œil. Je discute avec des proches au pays des prix de notre loisir préféré, à l’époque, les custom firmware pour faire tourner les jeux sur la dernière de Sony ne sont pas encore aussi répandus, un jeu original pour un gasy qui gagnerait 300 000 ariary par mois lui coûterait à cette époque facilement la moitié de son salaire, voire beaucoup plus s’il tombe sur un vendeur sans scrupule.

Je profite du temps passé à l’étranger pour bien me fournir, découvrir ce que je peux. Mon retour au pays s’accompagne évidemment de retrouvailles avec toutes les contraintes pour continuer à jouer à ma guise. Donc, on revient à demander aux proches visitant l’extérieur de nous ramener tel ou tel jeu, ça nous revient vraiment cher … on jailbreak la machine … et finalement on repasse au piratage etc.

Une mutation s’opérant dans le milieu du jeu vidéo (multiplateforme qui se généralise, les japonais s’investissent de plus en plus sur le marché PC, explosion du jeu ‘indie’ …) je me convaincs qu’un PC gamer reste le choix de plateforme le plus abordable et durable. Le temps me donne raison, les exclusivités se faisant de plus en plus rares chez 2 des principaux constructeurs consoles, acheter telle ou telle machine pour 3-4 jeux ne me motive pas. Quant à la firme du plombier moustachu, il y a déjà bien des années que ses licences fortes ne m’attirent plus.

Aujourd’hui qu’en est-il ? J’attendais la bave aux lèvres que les annonces des consoles de 8ème génération me transportent. Et non. Chacune depuis  3 ans me déçoit. Les jeux qui motivent à l’achat se comptent sur les doigts de la main. Mon PC bien armé lui va durer (2 ans et demi à l’heure où j’écris ces lignes et pratiquement tout tourne nickel dessus), je le sais, et acheter des jeux hors du circuit légal (oui je sais que c’est mal) fait moins de mal à mon portefeuille.

Oui je pourrais faire autrement, on pourrait faire autrement. Les prix cassés de Steam ouvrent de sérieuses possibilités, même au tiers monde. Encore faudrait-il qu’on ne soit pas (comme c’est mon cas) allergique au dématérialisé intégral (et si internet part en sucette ? je perds toute ma bibliothèque gamer donc ?) … et surtout, encore faudrait-il qu’on ait à Madagascar une connexion internet à débit correct, stable … et ne bouffant pas à elle toute seule la moitié (voire la totalité) du budget « divertissement » qu’on se réserve par mois.

Eternel loisir de riche ? J’ai envie de croire que non. J’ai surtout envie de croire qu’un jour dans mon pays on pourra accéder à tout ça, sans se ruiner, et autrement que par le piratage.

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Zarazarao ♥
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